Le 13 février 2012, une rumeur s’empare de la ville de Bunia. Tout le monde fait allusion à une éventuelle attaque de ce chef lieu du district de l’Ituri par des éléments FARC basés à Marabo, à quelques 40 kms au sud.
Le 14 février cette rumeur cède la place aux faits vérifiables. La radio Okapi (Antenne de Bunia) diffuse un communiqué des « mutins ». Ces militaires « révoltés » annoncent leur défection des rangs des FRDC. Ils ne manquent pas d’avancer des raisons : leur mauvais traitements, le détournement de leurs soldes et fonds de ménage par leurs chefs hiérarchique, l’enrichissement sans cause des officiers supérieurs FARDC grâce aux « opérations retour » avec la complicité des hommes hauts placés de Kinshasa, les mauvaises conditions sociales des militaires et leurs dépendant…
Des exigences ? Ils en avaient aussi : la destitution du ministre national en charge de la défense et du chef d’Etat Major des FARDC ainsi que des négociations directes avec le commandant suprême des FARDC, donc, le chef de l’Etat congolais lui-même.
Le 15 février 2012, une délégation FARDC venue de Kinshasa débarque à Bunia. Objectif, prendre langue avec les « mutins ». Conduite par le chef d’Etat major des forces terrestres, le général Amisi, cette mission a, contre toute attente, réussi à retourner, sans heurts, tous les militaires révoltés dans les rangs. Un véritable coup de théâtre.
Le 16 février, le général Amisi annonce la formation des régiments en Ituri et invite tous les « révoltés » à aller en formation. Personne ne bronche et tout ce passe dans un calme étonnant. Rien ne se dit sur l’avenir des dirigeants de la zone opérationnelle de l’Ituri qui était en charge des FARDC dans cette partie de la RDC et sur qui pesaient des soupçons s’agissant du « détournement » des fonds alloués aux hommes de troupe de l’Ituri.
Inimaginable, le chef de « mutin », un certain major Gervais, s’est vu confié le commandement de l’un des régiments en formation.
Il s’en suit un dégarnissement des toutes les positions des FARDC dans des zones des conflits dans le territoire de Irumu. Ce qui laisse libre voie aux miliciens de FRPI qui y opèrent depuis quelques années.
Le 22 février, l’ANR (Agence National de renseignement) antenne de l’Ituri met la met sur des civils supposés avoir incité les militaires à se révolter. Interpellés, deux incrimines accusés d’atteinte à la sécurité nationale ont été transférés à Kinshasa.
Des zones d’ombres à élucider
Les militaires qui sont entrées en mutinerie étaient essentiellement constitués d’anciens éléments de l’ex-rébellion du RCD et des congolais d’expression rwandophone pense-t-on à Bunia. Le chef de « mutin » fut, pendant la rébellion, Aide de camp du Général Amisi alors chef des militaires r du RDC à Kisangani.
Cette curieuse mutinerie de l’Ituri s’est déroulée sans qu’un seul coup de feu n’ait retenti. Un simple communiqué déposé à la radio Okapi/Bunia a suffit pour déclencher la mutinerie et une simple causerie morale pour y mettre fin. Une première dans l’histoire des armées.
Aucune arrestation dans les rangs des mutins n’a été enregistrée jusque là, même s’il n’est pas reconnu aux soldats de faire des revendications collectives.
Aucun officier militaire de Bunia n’a été interpellé, bien que des « mutins » aient fait allusion au détournement de leurs soldes et fonds de ménages.
Les mutins ont cédé sans qu’aucune de leur revendication n’ait trouvé satisfaction.
Le rôle de l’Etat Major General des FARDC n’a pas été ressenti dans tout ce qui s’est passé en Ituri. C’est à croire que le commandement de la Zone Opérationnelle de l’Ituri n’a rien à attendre de l’Etat Major General des FARDC s’agissant de sa restructuration.
Nombreux habitants de Bunia n’arrivent pas à comprendre ce qui s’est réellement passé. Ils se rappellent que pour un simple soupçon de défection au sein de l’armée nationale, le générale Kisembo Bahemuka (fils du milieu) a été traqué au point même d’y perdre sa vie.
Surprenant tout de même que les mêmes qui avaient traqué le général Kisembo se montrent ces jours très tolérants envers ceux qui, par une correspondance, ont défié l’armée nationale.
De ce qui précède, penser à un scenario, il n’y a qu’un pas que beaucoup d’ituriens n’hésitent pas à franchir.
Nos limiers sont à pied d’œuvre pour connaitre les tenants et les aboutissants de cette vraie-fausse mutinerie et la moisson vous sera rendue au moment opportun.
Joska Kaninda
Date de dernière mise à jour : 03/03/2012
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